Comment des soins de grossesse plus intelligents ouvrent la voie au suivi à domicile

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De gauche à droite : Laurent Vandebrouck, CEO de Connected Health Development ; Professeur Nicolas Sananès, Chief Medical Officer de Connected Health Development

Comment des soins de grossesse plus intelligents ouvrent la voie au suivi à domicile

Biopôle a récemment publié le communiqué de presse suivant concernant CHD.

Alors que les grossesses à risque deviennent plus fréquentes — notamment en raison de l’âge maternel plus élevé — les professionnels de santé cherchent à dépasser le cadre hospitalier pour améliorer le suivi de la mère et du fœtus. La start-up medtech Connected Health Development (CHD) développe une solution de monitoring portable permettant aux cliniciens de suivre la santé fœtale à distance. Nous avons échangé avec Laurent Vandebrouck, PDG, et le professeur Nicolas Sananès, directeur médical, sur la manière dont le suivi connecté à domicile rend la grossesse plus confortable, plus continue et centrée sur la patiente — et sur la possibilité d’étendre ce modèle à l’ensemble du système de santé.

Les soins liés à la grossesse connaissent une transformation majeure. L’augmentation de l’âge maternel et le recours croissant aux techniques de procréation assistée ont fait grimper le nombre de grossesses à risque dans le monde, tandis que les futures mères exigent également des standards plus élevés en matière de sécurité et de qualité des soins. « Et c’est bien normal », affirme Nicolas. « Il est naturel que les femmes vivant une grossesse à risque soient exigeantes quant à leur prise en charge. »

L’ampleur du défi reste toutefois considérable. Sur environ 140 millions de naissances chaque année dans le monde — dont environ 77 000 en Suisse — on estime que 15 à 25 % présentent des complications nécessitant une surveillance accrue. En cas de suspicion de souffrance fœtale — notamment en cas de retard de croissance intra-utérin (RCIU), lorsque le fœtus est plus petit que prévu parce que le placenta ne fonctionne pas correctement — les cliniciens doivent disposer d’un suivi continu du bien-être fœtal afin de déterminer si un accouchement prématuré est nécessaire. D’autres pathologies maternelles, comme le diabète, l’hypertension ou des troubles métaboliques, peuvent également augmenter le risque de naissance prématurée et nécessitent des stratégies de surveillance individualisées.

La valeur du suivi de grossesse à domicile

Dans ce contexte, une vague de nouvelles technologies émerge, permettant une détection plus précoce, une surveillance plus étroite et des résultats plus sûrs pour la mère comme pour l’enfant. Fait notable : nombre d’entre elles déplacent le suivi de la grossesse hors de l’hôpital pour l’installer à domicile, avec pour objectif de rendre les soins plus continus et moins contraignants.

En effet, les systèmes traditionnels de monitoring fœtal ne fournissent généralement que des mesures ponctuelles en milieu clinique : les femmes enceintes doivent se rendre à l’hôpital, rester assises ou allongées pendant 20 à 30 minutes, tandis qu’un professionnel de santé recueille les données manuellement à l’aide d’un capteur et d’un gel. À l’inverse, les dispositifs de nouvelle génération — comme la ceinture MONI2 développée par CHD, équipée de multiples capteurs de haute qualité et reliée à une application smartphone — sont conçus pour être suffisamment confortables pour un usage prolongé au quotidien, sans intervention médicale. Cela améliore considérablement l’adhésion des patientes aux protocoles.

« Dans un monde idéal, les femmes devraient pouvoir vivre leur grossesse en toute sécurité et sérénité, chez elles, dès que cela est possible. »

« L’ergonomie est essentielle pour nous », explique Laurent. « Nous voulons lever les obstacles habituels à l’accès aux soins en créant un produit qui fonctionne davantage comme un vêtement ordinaire : lavable, facile à utiliser et compatible avec les activités quotidiennes. Le résultat est un suivi moins médicalisé, moins contraignant, mais potentiellement plus représentatif des conditions réelles de la mère et du fœtus. »

Par ailleurs, les avancées technologiques permettent désormais à ces solutions à distance de suivre simultanément le rythme cardiaque fœtal, les données électrocardiographiques et l’activité des contractions, offrant une vision plus précise de l’état du fœtus et des capacités d’analyse prédictive plus fiables.

Le défi du suivi sans supervision directe

Le suivi à distance est considéré comme un levier clé pour améliorer le bien-être et l’autonomie des femmes enceintes. « Dans un monde idéal », souligne Nicolas, « les femmes devraient pouvoir vivre leur grossesse en toute sécurité et sérénité à domicile dès que possible. » Cependant, si ce type de suivi présente de nombreux avantages, l’accès continu à des données physiologiques et à des alertes automatiques peut aussi, paradoxalement, accroître le stress et l’anxiété — en particulier dans les grossesses à risque.

Pour répondre à ce défi, l’approche de CHD vise un équilibre subtil entre réassurance et encadrement médical. Plutôt que d’exposer les patientes à un flux exhaustif de données médicales, la solution privilégie des informations claires et centrées sur la patiente, favorisant la compréhension sans générer d’inquiétude inutile. Dans le même temps, les professionnels de santé conservent un accès complet aux données cliniques, leur permettant de prendre des décisions éclairées.

Nicolas précise : « Dans le modèle que nous proposons, les professionnels de santé gardent toujours la maîtrise des données cliniques détaillées et déterminent les modalités du suivi — une heure par jour, la nuit ou lors d’activités spécifiques. Les patientes, elles, ont accès à des informations simplifiées destinées à rassurer plutôt qu’à alarmer. L’objectif global est de donner aux femmes une meilleure visibilité sur leur grossesse, tout en veillant à ce que les décisions médicales restent du ressort des cliniciens. »

« Le modèle de soins à domicile représente l’avenir de la santé. »

Vers un suivi à domicile généralisé dans le système de santé

Cette évolution du suivi de grossesse s’inscrit dans une transformation plus large de l’organisation des soins : le passage progressif d’un modèle centré sur l’hôpital à un modèle de suivi à domicile. Laurent affirme avec conviction que « les soins à domicile sont l’avenir du système de santé ».

Les raisons sont à la fois humaines et structurelles. D’une part, les patients préfèrent généralement rester dans un environnement familier, entourés de leurs proches, plutôt que de multiplier les déplacements à l’hôpital ou de subir de longues hospitalisations. D’autre part, les systèmes de santé en Europe et ailleurs font face à des pressions croissantes : augmentation de la charge de travail, pénurie de personnel, réduction des capacités hospitalières et contraintes budgétaires.

Ces dynamiques favorisent l’essor de technologies permettant un suivi à distance sûr et efficace. « Les progrès en matière de connectivité sans fil, de cloud computing et d’Internet des objets (IoT) permettent aujourd’hui de collecter et de transmettre en temps réel des données de haute qualité, rendant possible un suivi à distance des grossesses et d’autres pathologies, ce qui n’était pas techniquement envisageable il y a encore dix ou vingt ans », explique Laurent. Pour les professionnels de santé, cela réduit les consultations inutiles et libère des ressources pour les cas les plus critiques ; pour les patients, cela améliore le confort, l’autonomie et la qualité de vie, sans compromettre le suivi médical.

Une situation gagnant-gagnant ? Pas tout à fait. Des défis subsistent — davantage structurels que technologiques. De nombreux systèmes de santé continuent de financer principalement les soins via les consultations en présentiel et les hospitalisations. À mesure que le suivi à distance se généralise, assureurs et prestataires devront, selon Laurent, adopter des modèles de remboursement plus flexibles, notamment basés sur des abonnements, afin d’accompagner ce basculement vers les soins à domicile. « Si elle est mise en œuvre avec succès, cette évolution pourrait être transformative : améliorer l’expérience et les résultats pour les patients tout en allégeant la pression sur des systèmes de santé déjà surchargés. Il nous faut simplement un peu de temps pour y parvenir. »

Communiqué de presse initialement publié par Biopôle le 28/05/2026.